Léon Weissberg (1895-1943), Peintre de Montparnasse

Publié le par LE BAL Mathyeu

Léon Weissberg, Paris 1932. Tous droits réservés.

Léon Weissberg, Paris 1932. Tous droits réservés.

Exposition événement

Léon Weissberg 

(Przeworsk, Empire austro-hongrois 1895- Maïdanek 1943)

Peintre de Montparnasse

14 novembre 2019 - 30 janvier 2020

Voir le silence

Chers amis de la galerie, pour célébrer le dixième anniversaire des Montparnos nous vous proposons une exposition historique consacrée à l’une des figures majeures de l’École de Paris et du Montparnasse de l’entre-deux-guerres : le peintre Léon Weissberg (1895-1943).

Après m’être imprégné pendant plusieurs mois des œuvres de ce peintre et avoir étudié sa vie au travers des ouvrages, documents, photographies des œuvres et archives de famille confiés par Lydie Lachenal, la fille de l’artiste, je suis resté de longues semaines comme frappé d’interdit. J’étais dans l’incapacité d’écrire une seule bonne première ligne face à un tel sujet et à un peintre de cette importance. Jusqu’à m’interroger sur le pourquoi de cette intime difficulté à oser penser et écrire sur l’esprit de cette exposition, ce double thème :

Un peintre, son œuvre, le destin de l’un, la destinée de l’autre.

Les 10 ans de la galerie Les Montparnos et une exposition Léon Weissberg.

Jardin à La Ruche, 1925

Jardin à La Ruche, 1925

À étudier attentivement la biographie du peintre, on ne peut qu’être frappé et saisi à plusieurs reprises par l’intensité de l’œuvre et le dramatique du vécu de l’artiste. Toute la difficulté de cette approche résidant peut-être en le fait de parler d’un peintre sans réduire l’œuvre à tel ou tel événement de sa vie, d’interroger ses tableaux et de les laisser libres de dévoiler à notre regard leur propre existence ou leur histoire.

Mais remontons le temps. Nous sommes en 1925, deux ans après l’arrivé du peintre à Paris, à la galerie Au Sacre du Printemps à Montparnasse, chez Sliwinski rue du Cherche-Midi.  Il se tient là une exposition de quatre jeunes artistes de Galicie (Empire Autrichien, aujourd’hui partagé entre la Pologne et l’Ukraine). D’origine juive, on les surnomme tout naturellement le Groupe des Quatre. Ce groupe est composé d’Alfred Aberdam, Sigmund Menkès, Joachim Weingart et Léon Weissberg. Après avoir étudié à Berlin ou Vienne et partagé ensemble l’apprentissage de la réalité d’une vie d’artiste, et un bon nombre d’ateliers, le chemin les conduira, telle une évidence, à Paris au début des années 20. Une exposition donc pour nos quatre amis étrangers dans ce Montparnasse qui était le nouveau monde de l’art moderne.  On le sait, c’était dans ce Paris, capitale mondiale des arts de l’après 14/18, que le vent de la création soufflait le plus fort, son tourbillon se nourrissant sans cesse de directions nouvelles. C’était une rumeur qui parvenait jusqu’aux quatre coins du monde. Et de tous ces horizons, les artistes arrivaient pour en sentir le parfum, en vivre l’effervescence, en vérifier la légende. Montparnasse, cet arbre aux racines souvent si lointaines, aux branches si inattendues mais avec pour tronc commun, sous une écorce parfois d’épaisse misère, la liberté.

Femme aux bras croisés, 1928

Femme aux bras croisés, 1928

Il y avait bien sûr des groupes d’artistes, bien distincts, et qui nous permettent aujourd’hui de mieux comprendre l’histoire. Ces groupes étaient constitués selon les traditions ou les pays d’origine, selon les affinités ou les grands mouvements, ou d’autres fois encore, plus simplement en fonction du choix d’un café ou d’une brasserie où les soirées naissaient, les nuits s’éclairaient, allumant d’elles-mêmes le secret des aubes nouvelles. L’École de Paris, toute mondiale, mais d’une langue commune, l’art. C’est ainsi que l’écrivain et critique d’art polonais Adolphe Basler la définira : «  L’École de Paris, c’est tout Montparnasse, avec ses Européens, Asiates et Américains ! Plus d’idiomes picturaux ! l'espéranto de la couleur fusionnera toutes les races et s’entendra de Tokyo à Paris et à New York » (Le Cafard après la fête, 1929).

L’exposition du Groupe des Quatre, devenant l’emblème de cette terre promise, à la découverte de la liberté par la peinture. Devenir son propre mouvement, telle serait la marque de cette École de Paris, aller à la rencontre de sa matière personnelle, la chercher et l’extraire des profondeurs de l’être afin qu’elle jaillisse aussi jeune que neuve. Une invention en perpétuel mouvement, l’invention de l’inouïe, de son visible. La matière fixée par la main du peintre sur un morceau de toile apparaissant comme unique et cependant toute du reflet des autres, miroir commun pour le portrait intime des premières heures d’un jour inconnu.

Montparnasse, le grand tableau de la fraternité.

Bord de Seine en automne, 1929

Bord de Seine en automne, 1929

Quels sujets, quels motifs à ces tableaux ?

Montparnasse, c’est un paysage urbain, des rues et des boulevards, c’est un ciel que l’on ne parvient pas toujours à voir derrière des imbrications de toits gris, ce sont des terrasses de cafés remplis le soir avec ses lumières artificielles. Montparnasse, c’est un silence d’atelier et ses poussières, c’est le bruit de la ville et le klaxon des voitures, ce sont les modèles et le secret d’une vieille cour d’immeuble fatigué, ce sont les clowns du cirque, du grand cirque du monde, les masques et un bouquet de fleurs posé sur une table, avec une assiette contenant un fruit ou le maigre reste d’un repas affamé de gloire. Montparnasse, c’est un dimanche après-midi passé entre amis à peindre au jardin du Luxembourg, sur les quais de Seine ou les bords de Marne… De Notre-Dame des Champs au Jockey en passant par les théâtres de la Gaîté.

Montparnasse, c’est Paris qui se peint. Ce Montparnasse, c’est la peinture qui pour la première fois de façon aussi radicale va faire de la ville le sujet même de l’œuvre.

Et Montparnasse, c’est du sentiment.

Lydie Lachenal me confiait un jour au sujet des peintres étrangers de l’École de Paris : « Ils avaient en commun cet amour de la France, elle représentait tant pour eux !». Véritable pays de cocagne de l’esprit où le désir à vif s’aventure par l’art, l’amour et l’amitié dans la recherche d’une espérance.

A tourner une à une les pages du catalogue raisonné de l’œuvre de Léon Weissberg, on se rend fort et bien compte à quel point sa peinture est d’une grande bonté et d’une sensibilité profonde, c’est une douceur effleurée sur la toile, c’est le silence rendu visible. Une matière picturale toute de lumière et appliquée le plus souvent comme une caresse. Il choisit des sujets tendres et utilise les clairs-obscurs qui confèrent à la toile une intimité et un secret qui lui appartiennent mais qu’il partage, par l’attendri des ombres. Une peinture sur le bonheur, qui chasse la violence. Parfois cependant dans certains tableaux, la texture est plus forte, tout en épaisseur et montre un caractère, une puissante détermination. Il peint le plus souvent sur des petits formats, des maternités, des portraits d’enfants, des nus absorbés dans leurs pensées, des paysages ensoleillés et des clowns. Une peinture s’inscrivant dans la lignée d’un Rembrandt ou celle d’un Georges Rouault, donnant à lire une tension à la fois dramatique et spirituelle.

Jeune fille aux boucles d'oreilles, 1941

Jeune fille aux boucles d'oreilles, 1941

 On a le sentiment qu’il peint un tableau comme s’il concevait un jardin, un enclos maîtrisé, à l’abri, protégé et qui maintiendrait à distance les mauvaises choses. Est-ce ainsi qu’il faut voir ses heureuses petites barrières dans tel ici ou là de sa peinture ? Ses toiles sont tissées comme un songe merveilleux, les contours ne sont pas toujours visibles, marqués, ils sont atténués, comme les limites incernées d’un espace intérieur. À tenter d’aller à sa rencontre, d’approcher sa personnalité, simplement en observant sa peinture.

Sans doute était-il alors un être élégant et doux, son portrait d’Arthur Rimbaud dévoile son âme poétique, c’est une peinture joyeuse de par le choix des tons et enthousiaste de par la nervosité et l’assurance du trait. Les portraits sont raffinés, ils traduisent une forte pensée retenue et une expression témoignant du travail de la conscience et de la lucidité. 

Du destin de l’homme à la destinée de l’œuvre.

Et cette phrase d’une intensité inoubliable de Weissberg adressée à son ami Menkès, pressentant l’arrivée du vent noir de la seconde guerre mondiale :

« Menkès, tu verras, on boira encore du champagne ensemble !».

Le petit pont II, 1929

Le petit pont II, 1929

Le 2 mars 1943, le peintre Léon Weissberg est transféré à Drancy, le 6 mars à l’aube, il adresse à sa fille sa dernière « carte interzone » qui l'informe de son départ « destination inconnue ». Il est déporté par le convoi N°51 qui arrive le 11 mars au camp de Lublin-Maïdanek où il sera assassiné le jour même, à l’âge de 48 ans.

Son dernier tableau date de février 1943, intitulé Le Repas du clown, les couleurs ne sont plus les mêmes et le sujet tel une préfiguration du dernier repars en autoportrait en clown.

La peinture… faire voir le silence. Quand d’eux-mêmes les mots se taisent.

Sarah, 1925

Sarah, 1925

L’œuvre du peintre a été pillée dans l’atelier du 2 bis de la rue Perrel (auparavant l’atelier du Douanier Rousseau). Durant une importante partie de sa vie, Lydie Lachenal va réaliser un immense travail afin de remettre en lumière l’œuvre de son père et notamment retrouver les peintures et documents éparpillés permettant ainsi sa reconnaissance officielle dans l’histoire de l’art.

Aujourd'hui, des tableaux de Weissberg figurent dans une dizaine de musées et dans de nombreuses collections privées.

Avec son époux Kenneth Mesdag Ritter, elle a fondé en 1979 la maison d’édition Lachenal & Ritter, spécialisée dans la poésie, les écrits des surréalistes et des écrivains d’avant-garde, maison bien connue des libraires et des bibliophiles. Après Rimbaud se disant « négociant » et le Nerval d’Aurélia, elle a publié André Breton et Philippe Soupault, le Manuscrit original des Champs magnétiques, les Écrits sur la peinture de Soupault, ses Mémoires de l’oubli, inédits, et ses romans épuisés, des essais, Le jour et la nuit de Camille Claudel, par B. Fabre-Pellerin, L’Arrière Montparnasse, nouvelles sur les artistes impécunieux des années 30, par Oser Warszawski, superbement illustrées de dessins de l’auteur.

Avec Soupault, la première monographie de Weissberg est établie en 1980. Puis suivra l’ouvrage collectif révélateur École de Paris, le Groupe des Quatre, (2000). Et en 2009, en collaboration avec les Éditions d’Art Somogy, l’ouvrage monumental Weissberg, Catalogue Raisonné de l’œuvre peint, dessiné, sculpté.  

La collection Lachenal & Ritter et son fonds ont été repris intégralement par les éditions Gallimard en 2002, relancés par une publication des chroniques inédites en volume de Ph. Soupault sous le titre Littérature et le reste, 1919-1931(édition établie par Lydie Lachenal, Gallimard 2006).

À l’heure actuelle, le catalogue raisonné de Weissberg comprend près de 300 œuvres entre les huiles, œuvres sur papier et sculptures. Depuis, 45 œuvres non recensées ont été retrouvées et font l’objet d’un Supplément au Catalogue raisonnée en préparation. Au total, 350 numéros, qui font une œuvre rare et précieuse.

Femme à la tresse, 1927

Femme à la tresse, 1927

Cher Léon Weissberg, Cher Sigmund Menkès, lors de la soirée de vernissage de l’exposition Léon Weissberg à la galerie Les Montparnos, le 14 novembre 2019, nous lèverons nos coupes de Champagne en vos noms et en mémoire au Groupe des Quatre.

À l’Art Vivant !

Mathyeu Le Bal

Galerie Les Montparnos

Visage de jeune fille, 1938

Visage de jeune fille, 1938

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à venir : pour les 10 ans de la galerie, une exposition historique

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Léon Weissberg (1895-1943), peintre de Montparnasse. Copyright : Thierry Bécouarn
Léon Weissberg (1895-1943), peintre de Montparnasse. Copyright : Thierry Bécouarn

Léon Weissberg (1895-1943), peintre de Montparnasse. Copyright : Thierry Bécouarn

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Concert de Jazz, le jeudi 17 octobre à la galerie

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Rendez-vous le jeudi 17 octobre pour fêter les 10 ans des Montparnos

Rendez-vous le jeudi 17 octobre pour fêter les 10 ans des Montparnos

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10 ans

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10 ans

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La galerie Les Montparnos a 10 ans !

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La galerie Les Montparnos a 10 ans !

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Exposition Quimper été 2019

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Un grand Merci à France 3 Bretagne pour ce beau reportage sur l'exposition "8 rue de la Grande Chaumière" chez Armor Lux à Quimper.

Diffusion du 8 août 2019 au 12/13 et 19/20.

Exposition à découvrir jusqu'au 17 août à l'espace Kerdroniou, Armor Lux.

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Exposition 8 rue de la Grande Chaumière - Armor Lux Quimper - jusqu'au 17 août.

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Galerie de Bretagne, été 2019

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Galerie de Bretagne, saison estivale 2019.
Grand Cru !
Rue du Frout, Quimper-Cathédrale.
3 galeries, 3 chapitres
Chapitre I :
Post impressionnisme en Bretagne, école du Montparnasse des années 20/30.
Chapitre II : Art Contemporain.
Chapitre III : Exposition Maurice Le Scouëzec (1881-1940)
A découvrir jusqu'au 10 septembre.
 
Copyright : Thierry Bécouarn
Maurice Le Scouëzec (1881 – 1940) Au port d’Anvers 1924 Huile sur papier marouflé sur toile 75 x 96 cm

Maurice Le Scouëzec (1881 – 1940) Au port d’Anvers 1924 Huile sur papier marouflé sur toile 75 x 96 cm

Maurice Le Scouëzec (1881 – 1940) Bol et nappe blanche Février 1923 Huile sur papier marouflé 50 x 65 cm

Maurice Le Scouëzec (1881 – 1940) Bol et nappe blanche Février 1923 Huile sur papier marouflé 50 x 65 cm

Lucien Simon (1861-1945) Jour de course à Pont-l'Abbé, 1925 Gouache sur papier Signée en bas à droite 45 x 60 cm

Lucien Simon (1861-1945) Jour de course à Pont-l'Abbé, 1925 Gouache sur papier Signée en bas à droite 45 x 60 cm

Claude-Emile Schuffenecker (1851-1934) La clairière Huile sur toile Monogrammé en bas à droite 65 x 81 cm

Claude-Emile Schuffenecker (1851-1934) La clairière Huile sur toile Monogrammé en bas à droite 65 x 81 cm

Ossip Lubitch (1896-1990) La route du village Huile sur toile Signée en bas à droite 47 x 55 cm

Ossip Lubitch (1896-1990) La route du village Huile sur toile Signée en bas à droite 47 x 55 cm

Ossip Lubitch (1896-1990) Le poète au chapeau Pastel sur papier Signé en bas à droite 72,5 x 54 cm

Ossip Lubitch (1896-1990) Le poète au chapeau Pastel sur papier Signé en bas à droite 72,5 x 54 cm

Chapitre III

Chapitre III

Chapitre III

Chapitre III

Chapitre I
Chapitre I

Chapitre I

Chapitre II
Chapitre II

Chapitre II

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INVITATION VERNISSAGE

Publié le par LE BAL Mathyeu

Pascal Pichon à la galerie Les Montparnos - invitation

Pascal Pichon à la galerie Les Montparnos - invitation

"L'horizon du grand pays recule sans cesse au fond de l'espace et du temps. 

C'est le pays où l'on s'éloigne toujours ensemble, 

et l'on ne parvient en un lieu désert que pour en trouver d'autres plus beaux."

André Dhôtel, Le Pays où l'on n'arrive jamais.

Chers amis de la galerie,

Les beaux jours sont là et avec eux l'exposition de l'année consacrée à un peintre d'aujourd'hui. La galerie Les Montparnos est fort heureuse de vous convier à la découverte des oeuvres de Pascal Pichon, Le Pays où l'on n'arrive Jamais, lors du vernissage qui se tiendra le

jeudi 23 mai à partir de 18 h 30.

Un beau catalogue de 80 pages sera publié pour cette occasion et disponible à la galerie.

Rendez-vous donc le jeudi 23 mai à la galerie, en présence du peintre et de son oeuvre, et ainsi partager ensemble un merveilleux moment autour d'une peinture aussi sensible que surprenante sous le ciel d'un bonheur retrouvé. 

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Pascal Pichon, Le Pays où l'on n'arrive jamais

Publié le par LE BAL Mathyeu

Copyright : Ania Winkler / Hans Lucas

Copyright : Ania Winkler / Hans Lucas

Exposition événement

Pascal Pichon

Le Pays où l'on n'arrive jamais

23 mai - 27 juin 2019

Quelles images garde-t-on du temps qui passe ? Celles qui, par un incisif mystère, se gravent dans la mémoire, pareil à une étrange boîte ou caverne précieuse … extraordinaire jardin.

Pourquoi une image plus qu’une autre ? Telle sauvée, arrachée au flot de l’oubli, inscrite pour toujours dans ces profondeurs de nous-mêmes. Image qui nous fait esquisser ici un discret sourire, là verser une larme, à la voir ou non, lorsqu’elle remonte à fleur de notre esprit. Il en est de même des vieilles photographies. Quand a-t-elle été prise, et par qui ? Comment s’en souvenir ? Etait-ce lors d’une fête, d’un moment heureux en famille ? Qui sont ces visages si jeunes que l’on a aimés ou qui nous ont marqués ? Ce paysage, une promenade ; avec qui ? Et d’où vient que cette autre photographie fasse advenir une sensation, fasse parvenir à l’âme la caresse d’un parfum, la saveur d’un plat, les couleurs d’une musique ?

« Image persistante »,  « image retrouvée » ?

Gaspard Hauser, 2017, acrylique sur carton, 22 x 29 cm

Gaspard Hauser, 2017, acrylique sur carton, 22 x 29 cm

Qui n’a pas vécu ce moment, en famille ou entre amis, lorsque l’on ressort de l’étagère de la bibliothèque ce vieil album photo, de l’armoire cette boîte d’acajou ou d’ébène de nacre marqueté ? À tourner les pages au papier de soie ou puisant dans le vrac au milieu des sépias, on s’immerge lentement dans une nostalgie d’où refont surface ces moments qu’on avait cru  irrattrapables. Les clichés, si facettes de nous-mêmes, de notre histoire, ont jauni. Certains êtres à nouveau là, devant nous, ne sont plus. Tous ces moments, heureux ou moins, réapparaissent comme mares ou étangs de ciel bleu, dans le gris épais de la mémoire.

Les Mérots, 2014, acrylique sur toile, 105 x 81 cm

Les Mérots, 2014, acrylique sur toile, 105 x 81 cm

Tourner une à une les pages de l’album comme pour sentir au bout des doigts les années et les heures, frôler les rebords du temps. Que dit de nous cette cotonneuse satisfaction de baigner dans le vague à l’âme des bonheurs passés ? Sont-ce les souvenirs qui reviennent à nous ou nous qui recherchons la douleur douce de revivre un passé comme si rien n’avait passé ?

Mais ici, il s’agit d’autre chose. De peinture, les images sont des tableaux.

 

Gaspard des montagnes, Henri, 2018, acrylique sur carton, 27 x 30 cm

Gaspard des montagnes, Henri, 2018, acrylique sur carton, 27 x 30 cm

Il n’est plus question de la nostalgie du temps qui passe et nous échappe mais la rencontre avec une matière. Et la matière a sa propre volonté. Et du tableau émane une présence qui persiste. Ainsi, imaginons un artiste s’attachant à peindre les souvenirs. Non pas des souvenirs personnels mais la texture de la mémoire elle-même, celle qui touche chacun au plus profond. Peindre jusqu’aux brumes du temps lointain semblable aux brumes des demains incertains et savoir déjà que l’œuvre y offrira intact ses clartés.

Et la matière pour toute éternité ?

A ressentir par la peinture le souvenir des avenirs.

Mare à la Villette, 2016, acrylique sur carton, 17 x 21,5 cm

Mare à la Villette, 2016, acrylique sur carton, 17 x 21,5 cm

Souvent réapparait à mon esprit ce tableau de Monet Effet de vent sur les peupliers, de 1891. Comment la main du peintre fixe pour l’éternité le souvenir clair et précis de ce souffle qui fait se plier les branches et trembler les feuilles dans les arbres. 130 ans après, on en frissonne encore, comme ces peupliers et leur feuillage qui garderont demain toujours intact cet instant porté par le peintre jusqu’à l’intemporel.  Par cet instant saisi, recueillir sur la surface d’une toile l’essence du temps lui-même.

L'atelier, Copyright : Ania Winkler / Hans Lucas

L'atelier, Copyright : Ania Winkler / Hans Lucas

Aucune nostalgie donc quand il est question d’un tableau, fût-ce quand il veut évoquer un souvenir, car il montre tout autre chose que le contenu de la belle boîte à image ou du vieil album de l’étagère, à savoir la trace de quelque chose qui ne meurt pas. Un peu comme si l’éternité pour apparaître fugacement, murmurait au tableau tel instant choisi qu’il s’agirait de peindre et inscrire dans la matière par les couleurs.

L’instant dans le temps de la toile en autoportrait –irreconnaissable- de l’éternité.

En rangeant des archives, je suis tombé l’autre jour sur une photographie en noir et blanc qui m’a marqué terriblement. Elle représentait un groupe d’une cinquantaine artistes du tout début du XXè siècle, tout sourire et vêtus de leurs plus beaux habits ; ils posaient visiblement pour un Salon des Beaux-arts de l’époque. La plupart des visages sont aujourd’hui des portraits devenus anonymes, mais leur sourire, comme s’ils ne se doutaient pas que l’oubli déjà les guettait… Les regardant, ils me regardent. Je suis comme avec eux. Et hors de moi la pensée de dire à celui-ci ou celui-là : « toi, la postérité ne te retiendra pas. » Je reste parmi eux et silencieux leur souhaite : « que votre sourire demeure ».

Une photographie, cela semble si réel, comme un reflet de nous-mêmes, comme la fine pellicule recouvrant une pensée familière.

Tout l’univers, 2016, acrylique sur papier, 24 x 17 cm

Tout l’univers, 2016, acrylique sur papier, 24 x 17 cm

Mais un tableau, lui, que dit-il ? Avant tout se dire : « la peinture c’est juste humain ». Ni instruments ni objectifs. Juste la main et la matière des couleurs. Dès lors, il ne s’agit pas de la même ressemblance. Le tableau ne rend pas l’intégralité du visible cela n’est pas son rôle, mais il apporte une part essentielle qui est celle du domaine de l’invisible. Il dit quelque chose du temps sans en faire partie, il semble le tenir à distance, il est à la fois dedans et dehors. A mesure qu’il prend forme et apparaît sous le pinceau du peintre, le tableau échappe à la course du temps, s’en met à l’écart et le laisse s’éloigner. C’est alors que se dévoile, comme entre-ouvert, l’au-delà du rideau du temps, la pénombre de l’éternité, ou son souvenir.

Sarek, 2018, acrylique sur carton, 20,5 x 22 cm

Sarek, 2018, acrylique sur carton, 20,5 x 22 cm

Et de tableau en tableau se laisser questionner par la peinture :

« Le visible dit-il vrai ? Que dit-il du réel ? »

Dès lors l’interrogation pourrait-elle devenir la suivante :

« Toi qui me regardes, que cherches-tu vraiment à voir dans cette petite surface rectangulaire joliment encadrée ?  Ne serais-tu pas venu jusqu’à moi pour te retrouver, sans te le dire tout-à-fait,  face à l’immémoriale présence ? »

L'atelier, Copyright : Ania Winkler / Hans Lucas

L'atelier, Copyright : Ania Winkler / Hans Lucas

Bien sûr, nous le savons aussi, le temps n’épargne pas la peinture, des craquelures apparaissent en fonction de l’âge de l’œuvre formant rides et strates entre les couleurs. Les modes et les styles de même changent de siècles en décennies, mais ce qui se dévoile est sans âge. Et qui sait ? Peut-être, sans mots.

 

La parole est silence.

Le silence est peinture.

Ginette chez les Mérots, 2014, acrylique sur papier, 45,5 x 34,5 cm

Ginette chez les Mérots, 2014, acrylique sur papier, 45,5 x 34,5 cm

Le peintre Pascal Pichon nous invite au travers de cette exposition à vivre et à voir une merveilleuse aventure : celle de retrouver nos « images persistantes » à la lumière des expériences de notre mémoire. Ouvrons la boîte … non plus celle, de bois précieux, pleine de photos, mais la boîte à tableau du peintre contenant tous ces morceaux d’humanité.

L’île aux trente cercueils, 2018, acrylique sur carton, 31 x 31 cm

L’île aux trente cercueils, 2018, acrylique sur carton, 31 x 31 cm

Des tableaux de petits, moyens et grands formats, comme découpés dans des bouts de toile, dans le papier ou le carton de la mémoire, comme des fragments déchirés de souvenirs. Parcelles et couleurs. Pour retrouver ce que nous avions égaré. Des œuvres enveloppées de la matière lointaine de nos hiers, brumeuse, enfouie.

 

Regardez, là, cette petite barrière que l’on entrouvre dans le bleu, et ce chien attendant qui nous regarde de son œil fidèle ; l’église du village et ses habitants à leurs occupations ; un paysage de campagne rose, un sous-bois vert où il fait un peu froid ; et une petite communiante agenouillée dans un or flouté.

Maison de la femme à barbe, 2016, acrylique sur carton, 17 x 22 cm

Maison de la femme à barbe, 2016, acrylique sur carton, 17 x 22 cm

Pas une idée, c’est simple et vrai.

Du souvenir que fait naître ou renaître une photographie ancienne

à la présence jeune que fait paraître une peinture du souvenir,

les œuvres de Pascal Pichon.

Images persistantes, parce que cela résiste, ne s’éteint pas.

Les souvenirs de l’éternité.

A l’Art Vivant !

 

Mathyeu Le Bal

 

Roma città aperta, 2015, Encre et acrylique sur carton, 11,5 x 16 cm

Roma città aperta, 2015, Encre et acrylique sur carton, 11,5 x 16 cm

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